Textes à emporter

La musique de l'amour (Mt 22, 34-40)

Homélie du 30e dimanche dans l’année A (Mt 22, 34-40)
Dimanche dernier, les pharisiens tendaient un piège à Jésus à propos de l’impôt dû à César. Un autre groupe du Sanhédrin, les Sadducéens, essaya aussi de prendre Jésus en défaut à propos de la résurrection. Notre évangile y fait allusion. Les pharisiens, qui croient en la résurrection, heureux que Jésus ait cloué le bec à leurs rivaux, les Sadducéens, tentent à présent de faire tomber Jésus à propos de la Loi. Chacun des groupes cherche un prétexte pour accuser Jésus, le disqualifier, rejeter son autorité.
Jésus ne se laisse pas désarçonner. Il retourne le piège sur les spécialistes de la Loi. Sans poser aucun jugement. Mais en renvoyant chacun à sa conscience. Jésus rappelle ici l’essentiel de la Loi : Tu aimeras. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il n’a pas besoin d’en dire plus. Tout est dit. Ce que Dieu veut, c’est l’amour. Ce qui a poussé Dieu à se révéler, à écrire les dix commandements sur les Tables de la Loi, à inscrire sa Loi dans le cœur des hommes, à envoyer des prophètes, c’est amener les hommes à aimer, c’est les conduire à être pleinement à son image et à sa ressemblance, c’est les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ce qui fera leur bonheur.
Tu aimeras. Tout est dit. Tout est à faire. Aimer, nous dit saint Benoît, est un art spirituel. Comme tout art, il faut s’y exercer, s’y donner totalement : « de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit. » Plus on y consacre du temps, de l’énergie, plus on progresse. Un musicien, un pianiste par exemple, doit faire ses gammes, s’exercer à des pièces plus austères qui lui feront acquérir de la technique, de la souplesse dans le jeu des mains, reprendre les passages où il achoppe, avant de pouvoir s’attaquer aux œuvres des grands compositeurs. La régularité et la persévérance dans la pratique de son instrument lui permettront d’améliorer la qualité de son jeu et d’étendre son répertoire.
Il en va de même pour l’art spirituel qu’est l’art d’aimer. Il s’agit en quelque sorte de faire vibrer les cordes de tout notre être en accord, en harmonie avec l’Esprit Saint. Ou mieux exprimé, de faire résonner tout notre être au souffle de l’Esprit. Il faut apprendre à respirer au rythme de l’Esprit, se mettre à son écoute, se réajuster, si nécessaire, au ton qu’il nous donne. Pour consoner à la volonté de Dieu, qui est que nous aimions. Un apprentissage toujours à reprendre, à poursuivre. Nous n’aurons jamais fini d’aimer. De plus, nous le savons, il y a des fausses notes : nous nous laissons parfois dominer par des mouvements intérieurs qui blessent Dieu, le prochain et nous-mêmes en définitive.
Le maître d’orchestre de cet art spirituel qu’est l’amour, c’est Jésus Christ. Animé et investi pleinement, totalement par l’Esprit, Jésus a interprété souverainement la symphonie de l’amour : il a accompli parfaitement le double commandement de l’amour. Qui, mieux que lui, a aimé Dieu ? Jésus a vécu dans une union, une intimité étroite avec son Père. Il a entretenu une relation nourrie avec lui dans la prière. Il a écouté sa Parole, fait de sa volonté sa nourriture, accompli ses œuvres, il s’est fait le canal de l’amour du Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. » Qui mieux que Jésus a aimé son prochain ? Jésus, le Fils de Dieu, s’est fait le prochain de l’homme, en particulier de l’homme blessé, rejeté, malade, à la foi chancelante. Il n’a voulu la perte de personne, il a ouvert un horizon aux pécheurs, il a aimé ses ennemis, il a pardonné à ceux qui le mettaient à mort, il a donné sa vie pour ceux qu’il aime.
À l’écoute de Jésus Christ, en suivant ses indications, au rythme et au souffle de l’Esprit, qui a répandu en nos cœurs l’Amour de Dieu, patiemment, avec persévérance, exerçons-nous à l’art d’aimer. Empruntons cette voie supérieure à toutes les autres, interprétons cette partition aux accents mélodieux qui ne fanfaronne pas, mais apporte la joie, donne la paix, touche les cœurs, sème de la beauté. Nous ferons alors monter vers Dieu le chant nouveau, l’hymne de gloire qui dira, mieux que toutes nos déclarations, notre amour de Dieu. Car il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer son prochain. Notre vie sera ainsi en consonance avec l’eucharistie qui célèbre la vie d’amour de Jésus Christ et qui nous y fait communier, pour que nous la répandions : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »