Textes à emporter

Christ Roi

Depuis quelques jours, voulant en peu me distraire, mais aussi m’éclairer en ces jours sombres et pluvieux de confinement, je me suis mis à relire les aventures peu ordinaires d’un prêtre italien de la vallée du Pô, en Émilie-Romagne dont un auteur italien lui Giovanni Guareschi a fait un portrait pittoresque et bigarré, mais qui ne manque ni d’humanité ni de spiritualité. Il relate en plusieurs épisodes les aventures de deux hommes, Don Camillo, le curé de cette petite ville, et du maire communiste de la même citée le fameux Peppone. Deux personnages qui dans les années 50 après la guerre sont aussi éloignés l’un que l’autre que l’eau et le feu, mais paradoxalement aussi proches en humanité que le pain et le vin. Mais faut-il le dire, la plupart des habitants vote communiste, mais la plupart d’entre eux vont aussi à l’église et font baptiser leurs enfants. Mais au milieu de ces deux hommes que tout oppose, il y a un troisième personnage : le Christ de la croix du maître autel de l’église dont don Camillo est le titulaire. Et ce Christ aussi étrange que cela puisse paraître parle constamment à ces deux hommes : l’auteur de ce petit monde est joué au cinéma par deux acteurs inoubliables : Fernandel pour Don Camillo, le curé, et Gino Cervi pour Peppone le maire communiste. Et ce qui est unique c’est qu’au cœur de leurs affrontements idéologiques, le troisième personnage central de ces aventures, le Christ leur parle et les écoute parler de leurs vies et de leurs histoires. Et finalement c’est lui qui les rassemble et les unit au-delà de leurs luttes fratricides, l’un pour son église et son clocher, et Dieu sait si le clocher et ses cloches joue un rôle important dans ce petit monde l’autre pour sa mairie et son parti ; cette parole du Christ part de la vie concrète et quotidienne de ces deux ; Don Camillo ne se couche d’ailleurs rarement sans être venu parler à l’église à ce Christ dont la parole est parfois sans concession, mais aussi teintée d’une infinie tendresse pour son prêtre, mais aussi pour le maire qui aime aussi avoir son regard posé sur lui. Ainsi le Christ de cette église parle et abondamment pour remettre en place curé, maire et villageois, en somme remettre l’église au milieu du village. Un Christ Roi d’un univers particulier, mais d’un univers qui ressemble tellement au nôtre. C’est donc un Christ très vivant, très parlant qui rejoint nos deux compères au creux de leurs existences parsemées de luttes, d’épreuves, de joies par rapport à tous ceux et celles qu’ils veulent aider, rassembler, chacun selon ses méthodes et ses moyens. . Et bien ce Christ Roi de l’univers est aussi le roi de nos univers multiples et variés qui souvent s’opposent, mais dont la parole nous parvient chaque jour au cœur de tous ceux et celles que nous rencontrons, qu’ils nous soient proches ou plus lointains, ou souvent juste de passage dans nos vies, dans une rue, à la sortie d’un bus ou d’un train. Le Christ nous encourage à être de la fête, celle de l’amour qui a été le sien pour nous, jusqu’au bout : cet amour qui se dit en donnant à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif ; qui se traduit en accueil envers celui qui m’est étranger ; l’amour qui offre sa simple présence à celui qui est malade, en souffrance, en isolement, surtout en ce temps de confinement ou de quarantaine, en prison de tout ce qui l’enferme ; cet amour qui se déploie auprès de tous ceux et celles qui sont en manque d’humanité, mais à travers lesquels il y a un frère une sœur à rencontrer, un visage du ressuscité à reconnaître et à honorer. Oui, ce roi, nous le rencontrons chaque jour parmi ces frères et ces sœurs différents mais semblables en humanité, fratelli tutti, issus de cette fraternité sociale dont nous parle abondamment la dernière encyclique du pape François, mais qui est une fraternité divine, car Dieu est venu vivre au milieu de nous une vie d’homme dans le Christ Jésus. Il ne s’agit donc selon l’Évangile de ne pas remettre à plus tard ce travail de la construction d’une fraternité universelle, mais c’est maintenant, chaque jour qu’elle se construit que nous nous situions du côté de l’accueil ou parfois du côté du refus ; laissons donc parler en nous et autour de nous notre roi : c’est un roi sans arme et sans armure, sans sceptre et sans couronne sauf celle d’épine sur la croix, vêtu comme un esclave, mais un roi, les bras étendus, pour tous et pour toutes, et comme nous le » suggèrent la première lecture du prophète Ezéchiel, et le psaume 22 qui lui répond c’est un roi berger qui guide ses brebis vers de bons pâturages ; il les connaît chacune par leur nom, et prend le risque de partir à la recherche d’une d’entre elles qui s’est égarée, laissant les 99 autres dans l’enclos. Nous avons donc à nous reconnaître dans ses brebis, à nous accueillir les uns les autres au-delà des différences, dans la riche diversité des religions et des cultures. En cette fête de la sainte Cécile, encourageons-nous dans le souffle de la croix du Christ, à percevoir le la de l’amour qu’il nous fait entendre ; et ainsi à être les musiciens de l’amour par toutes les petites musiques et les délicates harmonies que nous pouvons faire vibrer autour de nous, laissons-nous emporter dans le rythme et la mesure de l’Évangile, même si notre vie est aussi parsemée de fausses notes ou de syncopes. La vie de Dieu, elle est maintenant pour nous dans ce temps de l’Eucharistie qui nous rassemble et nous nourrit.